08 juillet 2009

Ben en concert le 13 Juillet 09 au Passage de Retz, en ouverture de l'exposition "Soudain l'été Fluxus " (jusqu'au 20 septembre)


Voilà le communiqué de presse de Ben sur cet évènement FLUXUS à Paris.
Si le concert est aussi bien qu'au Cabaret Voltaire, à Zurich en avril dernier, c'est à ne pas manquer ! Quand à l'exposition et son catalogue, c'est Bernard Blistène qui est aux manettes donc ca a de grandes chances d'être intelligent ! Je vous raconterai si je ne vous y vois pas ;o)
(Photo Courtesy : Christoph Kern)


OUI

Fluxus c'est presque comme la grippe porcine,

en deux ans il est passé de Tallin, à Budapest, de Budapest à Londres à la Serpentine Gallery, de Londres à Zurich au Cabaret Voltaire, et puis c'est la pandémie Fluxus est partout à Tokyo, à Nice, à New York etc il manquait une grande expo à Paris et avec le Passage de Retz c'est chose faite

OUI

"Soudain l'été Fluxus

Pourquoi ce titre ?

parce que ça se passe en été à Paris et qu'en été, là où on croit que sous la chaleur il ne se passe rien, l'été c'est un moment où parfois ça explose

dans les corps et dans les esprits

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L’expo commence par la salle des citations et statments de base des Fluxus et des grands pères : Cage, Duchamp, Satie.

OUI

Vous aussi vous êtes Fluxus quand votre robinet de cuisine fuit,

quand vous éteignez la lumière,

quand la porte claque,

quand vous mettez un vase de fleurs sur un piano


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Il y aura aussi un concert à 21 H 30

Et durant le vernissage des performance events de Philip Corner, Ben Patterson, Geoff Hendriks et Eric Andersen


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Le concert de 21 H 3O sera dirigé par Ben Vautier (moi) qui en est à son 47ème concert. Il sera composé de 30 petites pièces du répertoire classique Fluxus avec, au programme des pièces de George Brecht Robert Watts etc


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Cette expo sera l'occasion de voir des pièces de Serge III, de Robert Erebo, de Robert Bozzi, d'Alocco tous actifs de Fluxus à Nice dans les années 63


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A partir de 22 heures trente il y aura un bal

avec du techno mais aussi des tangos et du bon vieux disco


OUI

Il y aura la présence effective en chair et en os

pas toujours sain d'esprit de :

Geoff Hendriks

Eric Andersen

Ben Patterson

Charles Dreyfus

Ludo, Didier Dura,

Ben Vautier …

et vous (si vous venez )


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Il y aura des pièces de la collection de Gino Di Maggio,

de la collection de Bonnotto

de la collection de Caterina Gualco

de ma collection, de celle de Liliane Vincy

de celle de Marcel Fleiss, de celle de Benamou



OUI

Parce que Ben y tient beaucoup

Il y aura profusion de citations

des artistes Fluxus et des Maîtres à penser Cage, Duchamp

Satie qui ont eu des influences directes sur Fluxus



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Il y aura un catalogue réalisé par Bernard Blistène

dans une boite avec paraît-il des documents fac similés



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Il y aura une salle Maciunas avec la collection de Bonnotto Bonnotto est un mystère

Il aime Fluxus mais il aime Bonnoto plus encore



OUI

Il y aura des oeuvres ou des documents des artistes suivants

A-Yo

Alison Knowles

Marcel Alocco

John Armleder

Michel Asso

Ben Vautier

Ben Patterson

Joseph Beuys

George Brecht

John Cage

Jacques Charlier

Giuseppe Chiari

Dorothy Ianonne

Charles Dreyfus

Jean Dupuy

Robert Erebo

Eric Andersen

Robert Filliou

Henry Flynt

Ken Friedman

Gabor Toth

Jean Claude Guillaumon (Lyon)

Henry Flynt

John Cage

Alan Kaprow

Kosugi

La Monte Young

Jacques Lizène

George Maciunas

Miller Larry

Nam June Paik

Francis Picabia

Ray Johnson

Robin Page

Eric Satie

Tomas Schmit

Serge III

Shieko Shiomi

Takako Saito

Wolf Vostel

Christian Xatrec

Yoko Ono

Le groupe Zaj



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Il y aura le livre de Philippe Brenot

« textes essentiels »

qui sera là pour démontrer

que Fluxus est une rupture comme le fut Dada et le Bauhaus

Nous aurions peut-être du commencer par John Cage, Dada Erik Satie, Duchamp mais une dizaine de citations suffisent

En vente très bon marché euros



Exposition ouverte au public du 14 juillet au 20 septembre 2009

tous les jours sauf le lundi de 10h à 19h

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26 juin 2009

Basel Art Fair 2009 : un bon cru malgré la crise !



Basel sur son 31 pour son 40 ème anniversaire. La peur de la crise a fait sortir du bois des merveilles, d'où une superbe qualité cette année ! Et les affaires ont trés bien marché, vu le nombre de stands qui refaisaient leur accrochage chaque soir, et les larges sourires de certains ...
Certes Brad (Pitt) est venu pour acheter pour un million de dollars chez David Zwirner, m'a t-on dit, mais surtout l'ensemble des collectionneurs a répondu présent à l'appel de la qualité ... avec des prix très assagis. En effet alors qu'il y a 2 ans un néon de Tracey Emin "You forget to kiss my soul" à la foire de Bruxelles tournait de 200 000 € , là vous pouviez vous en offrir un pour 60 000 € ( "Not so difficult to understand" :o)). Des affaires à faire , je vous dis ! (Sachant qu'à l'instant je vois les résultats de la vente de Sotheby's du 26/06 à Londres où le néon "You forget..." s'est vendu à 57 000€.)
J'ai aussi vu dans la très belle galerie coréenne Kukje des vidéos miniatures de Bill Viola, vendues aussi. Sans parler de la qualité muséale du stand Krugier qui rendait hommage à son fondateur décèdé cette année; on nageait dans les Picasso et Giacometti, vendus aussi.
Et puis il ya avait les stands très poétiques des galeries Podnar (avec les oeuvres de'Alexander Gutke et d'Attila Csôrgö), GB Agency (Mark Geffraud, Robert Breer), Fortes Vilaça (peintures du jeune Jeronimo Elepse), ou ceux très forts comme Lelong (avec Plensa toujours !) ou Contemporary Fine Art Berlin (Daniel Richter, Jonathan Meese).
Après je suis allée me poser le temps d'une conversation et d'une dédicace pour la sortie du livre monographique sur "Paul Theck" avec Robert Wilson (;o) et le grand collectionneur Harald Falckenberg . Puis, le livre de 8 tonnes sous le bras et bravant la pluie torrentielle je me suis enfin rendue à la première baloise d'Il tempo del postino, pièce de théâtre / "Show group" concue et scénographiée par Hans-Ulrich Obrist et Philippe Parreno (et déjà montére à Liverpool) dont l'idée de départ est de proposer à une vingtaine de plasticiens du temps en plus de l'espace. Et sur cette idée très simple s'est monté un spectacle absolument magique et merveilleux, même Bob Wilson, mon voisin, a applaudi à tout rompre ...
Si je vous raconte qu'on a eu le droit à un baisser de rideau qui ondulait dans tous les sens (Liam Gillick ?), qu'il ya avait un duo de bêtes à poils terriblement attachant sur les thèmes de l'amitié, , de la mort (Pierre Huyghe) ; un arbre que l'on sentait d'abord (cela fleurait bon le pin dans la salle) avant de deviner visuellement sa présence , plongée dans l'obscurité comme dans un rêve (Koo Jeong A) ...
des chanteuses japonanaises avec des eventails de lumière qui se sont glissées dans la salle pour chanter parmi nous Madame Butterfly (Anri Sala), une vente aux enchères frénétique sur une musique irlandaise (Doug Aitken) ... vous comprendrez que j'ai aimé !

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14 juin 2009

L'oeuvre la plus érotique de la Biennale de Venise (jusqu'au 22 Nov 2009)








L'oeuvre la plus érotique de la Biennale de Venise est à l'unanimité de nos 3 voix la Madonne à l'Enfant (1505) de Bellini pour l'Eglise San Zaccaria, où la Vierge caresse la plante du pied de Jésus du bout de ses doigts.
Sinon après quelques jours de décantation, quelles sont les oeuvres qui tiennent en suspension dans ma mémoire (trop petite), surnageant de cette "aqua alta" de la production contemporaine ?
Très difficilement reproductibles dans leur majorité, je les ai gardées avec moi car elles sont à la fois radicales et soustractives.
Dans la ville :
- le pavillon Ukrainien "Steppes of Dreamers" mis en scène par le champion de boxe :o) Wladimir Klitcschko présentant le travail de l'ukrainien Illya Chichikan et du Japonais Mihara Yasuhiro, c'est un parcours où nous devenons les personnages d'un film sensuel et envoutant. Après avoir déchaussé nos chaussures pour fouler le sable versé au bas de l'escalier conduisant aux salles obscures du merveilleux palais Papadopoulo, nous sommes dans une quasi obsurité : les ampoules des lustres de Murano ont été changé, elles sont multicolores comme dans les fêtes foraines, éclairant à peine les moulures angéliques du plafond, et puis entre 2 sculptures assez post - dada, glisse près de nous une fille aux cheveux longs et aux rollers dorés pour disparaitre bientot derrière une porte ou une tenture ...

- le pavillon georgien "Change in Drawing Orchestra " de l'artiste Koka Ramishivi, avec ses vidéos, projetées sur 3 murs en décalé, un dessin au crayon papier en train de se faire, peut-être celui d'une vague et où le son du crayon sur le papier a été condensé dans le temps, ce qui donne à notre oreille l'impression de la mer et de son ressac.

à l'Arsenal :
- la salle des Pistolleto, avec certains de ses miroirs brisés le premier soir à coup de hache, symbolique et sculpturale.
- les faisceaux lumineux tridimensionnels de Lygia Pape.
- la vidéo de Joan Joanas qui transpose la "Divine Comedie" de Dante en images, en créant son langage visuel poétique.

aux Giardini:
- les pavillons danois et d'Europe du nord (Finlande, Norvège et Suède) mis en scène avec humour par Elmgreen§Dragset, transformés en appartement d'habitation privée, avec les oeuvres de plusieurs artistes, comme chez des collectionneurs. Cependant les pièces sont construites autour de l'une fiction à l'intrigue policière; et pour le pavillon nordique le corps flotte à l'entrée dans la piscine ...pour les danois, c'est à une visite de promoteurs immobiliers que nous sommes conviés.
- le pavillon français avec l'installation "le grand Soir" de Claude Lévêque, pour sa radicalité et l'intelligence de la transposition de l'idée dans l'espace du pavillon français . Nous sommes mis en cage (avec un peu de paillettes tout de même ) sans possibilité d'atteindre le drapeau noir, symbole de l'anarchie auquel le titre se réfère. Drôle et peut être cynique (rare chez l'artiste, qui peut-être de ce fait a été assez décrié) surtout quand on y repense après avoir découvert la nouvelle fondation Pinault à la pointe de la Douane.
Certes le bâtiment est absolument extraordinaire et la restauration par Tadao Ando parfaite. Mais impossible de sortir voir la vue sublime en haut du Beveldère, porte fermée, fenêtres à barreau, et gardiens avec pistolet qui viennent vous avertir de l'impossibilité de la chose ..., jusqu'où va t-on pour assurer la sécurité de la sublime marchandise ? Et retour à Foucault et " Surveiller et punir" mais version financière puisque Pinault possède la maison de ventes aux enchères qui va avec ... On préfére le style Peggy Gugghenheim, où tout est ouvert et donne sur un gentil café dans le jardin , et on se rappelle avec nostalgie de son exhubérance, de ses passions et de ses extravagances !

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21 mai 2009

La Force de l'art 02, la triennale de l'art en France, Paris Grand Palais (jusqu'au 1er Juin)




Ne boudons pas notre plaisir, oui j'ai aimé voir cette exposition avec à l'entrée les reflets colorés de Buren, oui on peut critiquer : pourquoi la galerie Lövenbruck est elle autant présente et représentée, Kader Attia dont j'aime habituellement beaucoup le travail, ne s'est pas foulé pour le coup
... mais au moins la France défend sa scène française, sans complexe, et comme elle a du retard à rattraper en la matière , c'est bien ! Les anglais en effet grâce au tir croisé de Saatchi, de la Tate et son Turner Prize, de l'activisme de la Frieze promeuvent tel un nouveau plan Marshall sles British artists, la Suisse idem , on serait bête de ne pas le faire tant nous avons des artistes de talent et tant ils ont du mal à s'exporter, par exemple Claude Levesque qui représentera la France à la prochaine Biennale de Venise n'a pas encore de grande galerie à l'étranger, on s'interroge ? Et puis c'est également une fête de la différence, une affirmation des parti-pris, car tant la peinture, le dessin, l'installation, la scuplture et la photographie sont présentes, avec une formidable vitalité et pertinence.
Les structures de l'architecte suisse Philippe Rahm aident à la lisibilité de l'ensemble, de même l'aspect monographique de chaque white cube ... Certes j'ai trouvé cela inégal, mais comme dirait la galeriste Claudine Papillon "si tu en découvres ou aimes 2 ou 3, ta soirée est sauvée" , donc ma soirée est sauvée. J'ai aimé le travail d'Anita Molinaro et de sa sculpture monumentale de poubelles rouges brulées et fondues, comme explosées, l'appartement coupé en 2 de Grout/ Mazéas. J'ai retrouvé avec bonheur les dessins grands formats de Frédérique Loutz dont un posé sur du papier peint reprenant les même motifs également élaboré par l'artiste en tandem avec la Rolls des graveurs : Michael Woolworth (je me suis laissé dire que le Frac Picardie était intéressé) et puis les dé-compositions quasi-végétales de Michel Blazy.
Et puis en attendant la prochaine édition dans 3 ans, Marc Olivier Wahler, directeur du Palais de Tokyo, que j'ai interviewé la semaine dernière m'a annoncé une exposition sur le même thème prévu pour l'été 2010 en collaboration avec le Musée d'art Moderne de Paris.

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Mon égo , Ben et les autres sur la scène du Cabaret Voltaire ( Zürich 26 Avril 2009)





Ma première participation à un concert Fluxus. Merci Ben (Le vrai) , Thomas (Le Mousquetaire ), Adrian (Directeur avec Philip du Cabaret Voltaire) , Christoph ( Le photographe) ! et les autres ! = où comment je suis devenue Curator sans le savoir : à découper le pantalon de Ben , à jouer du piano selon une partition de John Cage , à croquer des pommes sur la scène du Cabaret Voltaire à Zurich c'était le 26 avril 2009 et il y avait des spectateurs enthousiastes après un démarrage un peu lent, voilà c'était pour paraphraser Wahrol mon quart d'heure de célebrité et surtout la vie est devenue plus vivante !

Un autre concert est prévu en juillet au passage de Retz à Paris : vous aussi vous pouvez participer et vraiment vous amuser.
D'ici là un peu de matière sur le mouvement Fluxus, dont les piéces de ce concert/ entertainment étaient tirées. ma source est le site de Ben , donc la courtesy lui revient.
( à découvrir car je suis sure que vous n'avez jamais vu de site comme ça) :

Fluxus est le nom d’un groupe créé en 1962 et dont les membres vivent un peu partout dans le monde, plus spécialement au Japon, aux États-Unis et en Europe

Sans John Cage, Marcel Duchamp et Dada, Fluxus n'existerait pas.

Surtout sans Cage de qui j'aime à dire qu'il a opéré deux lavages de cerveau. Le premier, au niveau de la musique contemporaine avec la notion d'indétermination, I'autre au travers de son enseignement avec l'esprit Zen et cette volonté de dépersonnalisation de l'art.

Premier apport

En musique et en théâtre, Fluxus apporte dès 1963 la partici-pation du public à l’action. Non pas une fausse participation, c'est-à-dire la comédie qui continue au milieu du public mais un véritable désir du transfert des responsabilités.

Par exemple, Benjamin Patterson demande à chaque spectateur, discrètement et personnellement : " avez-vous confiance en moi ? " Si le spectateur répond oui, il le place à sa droite. Si le spectateur répond non, il le place à sa gauche.

Deuxième apport

L’Event. Lorsque George Brecht arrive et pose des fleurs sur le piano en tant que proposition musicale, c'est focaliser une réalité simple. C'est, dans l'histoire de l'art, le geste limite de "la vie est art". Mais c'est aussi et surtout, en égalisant l'importance des choses, placer l'artiste futur devant une situation de non retour de non art.

Troisième apport

D'après George Maciunas, un concert Fluxus doit être de la musique contemporaine divertissante. Il trouve que beaucoup trop de musique contemporaine est ennuyeuse, trop dépendante pour le public de la nécessité de références historiques culturelles.

Le divertissement dans Fluxus réagit donc contre la culture. Redonne à l'art sa fonction primaire (divertir) et relègue la connaissance de l'histoire de l'art au second plan.

Quatrième apport

L’art par la correspondance, le Mail Art. A partir de 1963, à la fois Ray Johnson et George Brecht se serviront de la poste pour transmettre leurs idées, leur vécu, par des petits détails de la vie, subtilités, anecdotes, etc.

Le Mail Art est non-art non seulement par le contenu des éléments expédiés mais aussi par le refus qu'il implique de jouer l'artiste de carrière, ceci en évitant de passer par le circuit des galeries d'art, etc.

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11 mai 2009

Josephine Meckseper au Migros Museum , Zürich. (jusqu'au 3 mai 09)




Première rétrospective en Suisse d'une star allemande de l'art contemporain, vivant à New-York, défendue par Saatchi, l'artiste se plait à démontrer non sans humour notre schizophrénie de citoyen vivant aux prises avec la société de sur-consommation.

Héritière des ready-made et des collages dada, ses vitrines murales exhibent en les mettant sur un même plan des élèments hétérogènes voire conflictuels, comme des affiches ou manuels de propagande révolutionaire, des articles de mode ou de consommation "banale". Dans cette exposition, un film est projeté sur grand écran dans une salle obsure , ce n'est pas un film de cinéma mais plutôt une publicité de voiture, avec un slogan détourné, et une image toute en puissance et... pollution, qui est est aussi mise en scène de manière très "esthétique" rendant toujours attirant l'objet mis en scène malgré sa nuisance.
Ainsi elle ramène finallement sur-consommation , protestation et spectacle au même niveau , même si nous n'avons pas envie de le voir, comme le dit Rancière : avec elle toute réalité se trouve gouvernée par la loi marchande de l'équivalence, même nos révoltes....

09 décembre 2008

Lucie Duval à la Galerie Isabelle Gounod ( Jusqu'au 13 décembre 08)




Lucie Duval, artiste québecoise pour la première fois exposée à Paris, choisit de mettre en scène des petits gants blancs sous forme de sculptures-vêtements ou de photographies avec en surimpression des mots ambivalents comme "Manipulation" avec leur traduction en anglais "Processing, Intrigue" . Ces petits gants blans sont ceux des ouvriers textiles chinois, ces millions de petites mains invisibles et souvent féminines. Ici l'artiste leur donne une visibilité, renversant ainsi le process de fabrication habituel. En retour ils nous interrogent sur le rapport de domination toujours d'actualité en notre début XXI ème siècle. Malgré l'éclatante démonstration de ces rapports de pouvoir au service de la séduction, cela reste le travail d'une artiste, sculpteur, photographe choisissant aussi ses mots avec soin et humour pour dénoncer un monde où la finesse et la poésie permettent encore de faire mouche. Exposition rare à la Galerie Isabelle Gounod , à ne pas manquer = se dépécher car elle finit le 13 décembre 2008.

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02 décembre 2008

"Head to Head" Musée du design , Zürich (jusqu'au 22.2.2009)



Une exposition réjouissante et instructive que celle des affiches portraits d' hommes politiques, pendant leur campagne, ou celles "officielles" après leur élection, accompagnée de l'art populaire qui va de la caricature (dont française ici avec l'atelier Populaire de Paris des années 60) à la boîte de biscuits à l'effigie notamment de Churchill.
Force est de constaster que les affiches les plus graphiques sont souvent celles émanant de l'ex bloc communiste, notamment les russes , pour le choix de leur impeccable typographie et certainement aussi l'impact de la couleur rouge.
Un accent est également mis sur 4 figures assez emblématiques, véritables icônes des temps modernes: Lénine (affiches très efficaces à la typo dépouillée), Che Guevara (en leader charismatique et visionnaire) , Arnold Scharzenegger (posant en Mr Muscle, assez surréaliste pour un oeil français), la premier ministre ukrainienne Yulia Tymoschenko avec ses longues tresses Princesse Leila, dont le portrait figure ,du fait de la ressemblance, à côté de celui d'Evita Perron !
Les choses qui m'ont particulièrement frappé :
- les affiches d'Obama 2008 que je ne savais pas calquées sur celles de Kennedy (cf photos), troublant !
- la série documentaire de portraits réalisés par Herlinde Koelble sur Angélina Merkel depuis 1992, où on voit l'évolution de l'apparence de cette syndicaliste à l'allure que les allemands qualifient " Schlalfzimmerblick" (si l'on traduit litéralement cela donne au style en chambre à coucher, ce qui veut dire pas de style) allait devenir une des femmes les plus puissantes au monde (avec la coiffure et les habits qui vont avec) sans pour autant perdre sa personnalité et se transformer en mannequin Prada !
- souvent les leaders élus, sont ceux qui choisissent la pose "visionnaire charismatique" , c'est-à dire, seul sur l'affiche, avec le portrait en gros plan, se dégagant sur une arriere plan sobre cf Kennedy, Obama, Che Guevarra . Ce qui avait aussi été conseillé à François Miterrand par un certain Jacques Séguèla ... actuellement devenu entremetteur du couple Bruni-Sarkozy ! Tout est dans l'image, on vous dit !

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26 octobre 2008

Fiac 2008 (Paris, Grand Palais)





Un court billet ce matin sur les oeuvres qui se sont détachées de cette foire pour s'imprimer sur ma pupille, piquer ma curiosité, ou susciter l'envie de les acquérir. Cela dit, je n'ai pas trouvé que les allées du Grand Palais aient changé, au contraire, du fait de l'écartement volontaire par les organisateurs de certains "vieux" du métiers (comme Anne Lahumière ) au profit de plus jeunes sensés avoir des partis pris plus forts. Cela reste à prouver et je ne pense pas que l'âge ait à voir avec la question. Car malhreusement beaucoup ont tendance à sagement entasser, tels des écureuils, pour rentabiliser chaque mètre carré, comme au supermarché. Quand aux prix des oeuvres, la crise ne semble pas les avoir affectés, à voir maintenant si ils trouveront preneurs, surtout face Artcurial, Christies et Sothby's dont les prix en vente ont été largement vus à la baisse lors des ventes pendant la Frieze à Londres...
Pour revenir à la qualité des oeuvres, il y a toujours la possibilité rencontres poètiques, voici ma sélection au Grand Palais :
- un fauteuil "Valet " (1953) en chêne de Hans Wagner à Dansk Mobel Kunst galerie (15 000 €)
- l'installation de Claude Lévêque avec le néon "Ne prends pas froid" (2008) et des lustres en glace qui fondent sur le très beau stand de Kamel Mennour. (trop de monde pour demander le prix exact)
- la femme dans la brouette de l'Alelier Van Lieshout à la galerie de Bob Van Oursow, car comme chacun sait, j'ai toujours un faible pour les brouettes ! (35 000 € quand même !)
- "Aria da Capo" de Javier Perez , couple de squelettes en cristal dansant chez Claudine Papillon (135 000 €).
- la table anamorphose " qui fait mouche" de William Kentridge chez Marion Goodman. (150 000 $)
- un très bel accrochage à la galerie Serge Leborgne avec un petit mur avec les oeuvres de Georges Tony Stoll et un superbe Gloria Friedman" Extasy", 2008, (25 000€) artiste qui expose actuellement au Musée Bourdelle.

22 octobre 2008

Mark Wallinger (jusqu'au 16.11.2008 à la Argagauer Kunsthaus, Suisse)



Lauréat du Turner Prize en 2007 avec son installation contre la guerre en Irak "State Britain", après avoir contribué à la Biennale de Venise en 2001, Mark Wallinger est l'un des artistes britanniques contemporains les plus connus internationalement. Et cette exposition a lieu dans une petite ville suisse, située à 1/2heure de Zurich, correspondant peut être à la taille de Tours où en dehors d'un charmant centre historique se dresse un merveilleux bâtiment digne du Moma, dont l'extansion est d'ailleurs dessinée par Herzog et de Meuron, parenthèse pour vous dire que c'est aussi cela la Suisse, mine de rien, une ouverture sur l'international avec ce qui se fait de mieux ... L' artiste, utilise tous les médias (dessins, photos, vidéos, sculpture, peinture, installations) pour nous donner à sentir l'arbitraire et l'absurdité des conventions politiques, religieuses ou identitaires. Sans forcer le trait il va droit à l'essentiel, non sans un certain humour très british.
Ainsi dans la salle des "Autoportaits", ce sont des peintures blanches de taille anthropomorphique, surlesquelles sont tracés de différentes manières des "I" noirs, (donc "je " en francais), manière sobre de montrer les différentes facettes d'une personnalité et de s'inscrire dans l'Histoire de l'art des autoportraits de Rembrandt à Tony Smith.
Ou encore sa vidéo "Sleeper" (2H30 , 2004) où l'on voit un homme habillé en ours déambuler dans des salles vides avec des baies vitrées donnant sur une mégapole de nuit. Face à cet ours tantôt fatigué ou désabusé (pieds en dedans, dos vouté), tantôt s'étalant sur le dos à même le sol pour dormir on éprouve une étrange empathie. En fait on apprend que c'est la vidéo de la performance de l'artiste qui a passé, habillé en ours, 10 nuits à la Neue National Galerie à Berlin, et que les passants du fait des baies vitrées pouvait aussi observer. Sa représentation contraste avec l'image de l'ours sauvage et triomphant , symbole de la ville de Berlin. Clin d'oeil également nous rappelant que Berlin fut aussi la capitale des agents secrets, et que "Sleeper" signifie également un agent inactif attendant d'être rappelé.
"The Underworld" (installation vidéo et sono, 2004) : Après avoir parcouru un long corridor sombre, on arrive dans une salle obscure où une vingtaine d'ecrans TV sont posés par terre en cercle mais à l'envers. On voit sur chaque écran un angle différent d'un concert de musique classique , que l'on decouvrira être plus tard le Requiem de Verdi. Car comme chaque écran montre un moment différent, il joue aussi un passage différent d'où cette impression de cacophonie et d'agression également visuelle, renforcée par certains cadrages de gros plans tête en bas de bouches "criant". On est pas loin de la vision de l'Enfer de la Divine Comedie de Dante.

16 octobre 2008

Manifesta 07 , la Biennale Europea di Arte Contemporanea (Bolzano, Trento, Sud Tyrol) jusqu'au 2.11.08





Un palais, une manufacture de tabac fermée depuis 6 mois mais encore imprégnée de l'odeur, une forteresse au passé difficile, une ancienne usine d'aluminium posent tous la question de "que vont devenir ces lieux, maintenant ?" Dans cette région mouvementée, puisqu'elle appartenait d'abord à l'Allemagne et puis fut annexée par Mussolini pour en faire une région modèle de l'industrie italienne, c'est en tout cas la première fois que ces lieux accueillent de l'art contemporain. Le pari était risqué car vu la "force de caractère" de chacun d'entre eux, ils auraient pu aussi écraser leur contenu. On sent que le choix de cette région pour accueillir cette édition de la Biennale est essentiellement politique. L'art doit il d'abord servir cette fonction ? Si la volonté de résister à un art essentielement marchand est louable, doit on finalement penser l'art uniquement comme un phènomène socia l? car dans les 2 cas politique ou marchand, c'est le groupe qui prévaut. Ne pourrait on pas aussi considérer, comme déjà au temps de Léonard de Vinci, ou plus proche de nous Tony Smith ou Bruce Nauman, que l'homme reste la mesure de toute chose et que pour justement toucher à l'universel il faut d'abord nouer un rapport à l'intime ? Et que parfois ce qui manque dans ces grandes messes, vu leur taille et le niveau intense de stimulation qu'elles engendrent, c'est d'expérimenter de manière concentrée ce rapport au temps et à l'espace. Ce n'est pas le cas ici pour la forteresse et l'usine d'aluminium où justement ce passage de l'intime à l'universel s'opère subtilement.


Dans le cas de la Forteresse Franzenfeste (cf ploto supra) construite en 1830, c'est un projet collaboratif, "Scénarios" qui se concentre sur le son et la vibration. 10 écrivains ont été invités à écrire des textes sur l'idée de la forteresse, son labyrinthe de mémoire, ses bruits de guerre, son or nazi. Ces textes ou ces sons ont été lus ou joués en 3 langues (italien, allemand, anglais) par des poètes, des acteurs et sont situés dans des situations bien particulières. Ainsi on peut passer complétement à côté, ou alors marcher sur les haut parleur recouverts par le sable du sol d'une immense salle, et éprouver la vibration en écoutant le poème " Aquatic Invasion" de Thomas Meinecke" (2008); ou encore s'asseoir sur les chaises "collages " à 3 pieds de Martino Gamper qui pour certaines se mettent aussi à vous parler quand on s'asseoit dessus;
ou encore regarder des films résolument muets, notamment celui boulversant et déstabilisant d'Harun Farocki "Respite" (2007) sur la façon de filmer la déportation et les limites du reportage, ou jouer devant le drôle de diaporama questions/réponses de Michael Snow "So is this" (1982).
Et ces voix ou ces silences en plus de leur charges poétiques, placées dans cet endroit immense vide et sublime, renvoyant curieusement à un univers assez monacal, nous parlent d'abord pour ensuite nous mettre en raisonnance avec une humanité plus vaste.