10 octobre 2006

Nuits Blanches 2006 à la Goutte d'or













Après m'être promenée à Versailles lors de la précédente manifestation, j'ai choisi cette année la Goutte d'or au vu de la richesse de son programme.
J'y ai d'abord appris que le nom de ce quartier provient du vin blanc que l'on y produisait jusqu'au XIX ème siècle. J'ai découvert sa diversité architecturale : friches, l'Eglise des Sans Papiers dont on ne dit plus qu'elle est belle, l'impressionnant volume industriel de la Halle Pajol; je connaissais déjà la rue des Gardes et ses designers, et le Lavoir Moderne Parisien, ancien lavoir reconverti en salle de théâtre au charme fou et à la programmation riche et métissée.
On sent que c'est un quartier en pleine rénovation, dans le bon sens, j'espère que son aspect dépaysant et vivant sera conservé : les pâtisseries orientales, les boucheries halal, des sodas et des fruits venus d'Afrique, avec en plus ce soir l'animation des nuits de Ramadan.
Et au milieu de tout ça des marcheurs parisiens qui redécouvrent leur ville . Vu notre nombre et la curiosité manifestée, on se dit que le rdv plait.
Sur la vingtaine d'intallations proposées , trois m'ont particulèrement plu notament parce qu' elles reprennent le thème des "Vanités" et que j'ai toujours eu un faible pour les têtes de mort, squelettes et autres "memento mori".

"Very Hungry God" de Subodh Gupta, 2006.

Saisissante installation dans l'église des sans papiers que cette énorme tête de mort rutilante, qui doit faire au moins 4 m de haut. Que ressent on la voyant ?
Ca brille , c'est beau et cela nous échappe. Car si on reconnait immédiatement cette icône de notre culture occidentale, on ne reconnait pas à proprement parler les ustensiles qui la composent, on devine qu'il s'agit d'ustensiles de cuisine plutôt en aluminium et qu'ils viennent d'ailleurs. Et puis on se doute vu la nationalité de l'artiste, qu'ils sont indiens.
Alors qu'a voulu nous exprimer Gupta avec cette oeuvre ? Est ce une critique de la mondialisation qui avale tout ce qu'elle touche ? Est ce que ce crâne nous montre qu'au contraire avec des ustensiles issus de la classe moyenne l'homme peut faire de l'art, et ainsi témoigner et dépasser les tabous de cette société indienne ? Comme l'explique l'artiste, aujourd'hui encore si un membre d'une caste inférieure touche votre assiette ou votre nourriture, cela devient "achoor" (intouchable).
Ou alors , parait il, ce serait une métaphore du tsunami qui a ravagé l'Inde en 2005 ?
Alors en relisant le titre de l'oeuvre, je me dis que cette Vanité nous livre en plus du "memento mori" une vision dérangeante de l'Inde d'aujourd'hui, loin des bollywoods et des miracles de la net economie . Et je vais me réconforter en allant goûter et partager avec tous la délicieuse soupe de lentilles que l'artiste a fait préparer à notre intention.

"Welcome to the seven Days hotel" de Fabien Vershaeve, 2006.

C'est un film d'animation avec une musique rock, dessiné à la main, saturé de couleurs et débordant d'imagination. Les traits aux formes rondes pourraient être ceux d'un livre pour enfant. On peut d'abord penser de loin que ce film est très gai et puis petit à petit on voir défiler des crânes, des fantômes qui jouent une danse à la fois joyeuse, macabre et oppressante, des personnages aplatis comme et un peu coincés dans cet univers bidimensionnel et qui m'apparaissent vouloir s'échapper du cadre. Sauf que la ritournelle continue à un rythme soutenu, attendant un dénouement que cette histoire qui n'a pas de trâme ne saurait offrir.
J'ai lu que ce jeune artiste de 31 ans, a dû passer son enfance jusqu'à 15 ans dans un hopital pour enfants malades, qu'il y a dévéloppé une passion pour l'écriture et le dessin. Je me demandais ainsi quel petit personnage était il dans son film, peut être une tête de mort qui ressemble à un tatouage rock et ludique , qui rêve de s'échapper de la mare rouge (qui revient souvent dans son dessin) pour aller dans les arbres ? En fait j'aimerai revoir le film, donc si l'un d'entre vous sait comment cela est possible, je veux bien l'info.

"Ask" de Stéfane Thidet.
C'est certainement l'installation la moins spectaculaire des trois. Il faut être attentif car si il n'y avait pas eu d'attroupement j'aurais pu passer à côté de ce squelette qui fait des pointes comme un petit rat de l'opéra, sans vraiment le remarquer.
Projeté en vidéo noir et blanc dans une vitrine, le squelette semble de taille réelle, c'est à dire la nôtre, et il entame une danse sous un reverbère. Même si d'autres artistes ont déjà fait danser des macchabés, je trouve le traitement de Stéfane Tidet , que je connaissais pas avant, drôle et poétique.

3 Comments:

Blogger pv2n said...

putain c'est long tous tes commentaires et analyses mais vraiment interessants. Tu serais pas un peu artiste, toi? On t'aime, continue. Les critiques d'art ca change un peu de notre quotidien mercantile.

11/10/06 22:32

 
Blogger pv2n said...

putain c'est long tous tes commentaires et analyses mais vraiment interessants. Tu serais pas un peu artiste, toi? On t'aime, continue. Les critiques d'art ca change un peu de notre quotidien mercantile.

11/10/06 22:33

 
Anonymous Marie de la petite famille Nizet said...

Vraiment bien!!! Et ça change de tout ce qu'on voit où les gens racontent des choses encore plus futiles qu'eux; là au moins on apprend et on découvre: vive la nouveauté. J'ai aussi beaucoup aimée la vidéo "Free hugs": ça fait du bien un peu d'amour et de douceur dans ce monde de Brutes, ça fait même rêver...
De tout coeur,continue,j'en veux encore!

12/10/06 22:26

 

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